
Peintures murales
Le Jugement dernier — restauré en 1996 par Giovanni Gritti — domine l'intérieur de l'église, accompagné de l'Ivresse de Noé, la Fuite en Égypte, l'Annonciation et une Vierge à l'Enfant.
Près de huit siècles d'histoire racontée par les pierres, les fresques, les vignes et les Cormoyats : Cormoyeux a traversé le temps en gardant son âme rurale et vigneronne, unique en France.
Son nom vient de l'association de deux mots latins : « cortem » signifiant « domaine » et « medarius » signifiant « milieu », soit le « domaine du milieu » — une étymologie qui rappelle la vocation agricole ancienne du lieu, bien avant que la vigne n'y devienne reine.
Au fil du temps, le nom du village a quelque peu évolué : Cormoiers en 1222, Courmoyer en 1303, Courmoier en 1346, et enfin Cormoyeux à partir de 1604.
Aujourd'hui encore, Cormoyeux est unique en France : aucune autre commune ne porte ce nom.
En 1790, dans la dynamique de la Révolution française et de la réorganisation administrative du royaume, la commune de Cormoyeux absorbe celle de Romery. Les deux villages voisins ne forment plus qu'une seule commune sous le nom de Cormoyeux-et-Romery, dont le chef-lieu est Cormoyeux.
Cette fusion durera plus d'un siècle, jusqu'en 1905, année où Romery redevient une commune distincte. Les fluctuations démographiques observées sur cette période — encore en nombre de « feux », c'est-à-dire de foyers — recouvrent donc la population des deux villages.
Le sceau de l'époque, conservé dans les archives municipales, témoigne encore aujourd'hui de cette union de plus de cent ans.
L'église romane du village, construite en 1222, est très simple. Elle témoigne de la modestie des habitants de l'époque. Elle appartenait au doyenné de la Montagne et était placée sous le vocable de Saint Clément, pape, et du patronat de l'abbé d'Hautvillers.
Principal monument de la commune, elle conserve aujourd'hui un cachet rural et émouvant, à l'image du village qui l'entoure. Elle est le point de rassemblement traditionnel des Cormoyats, et donne son nom à la place sur laquelle elle se dresse — la place Saint-Clément, où se trouve également la mairie.
En se promenant à l'extérieur de l'église, on peut admirer deux têtes sculptées de chevaliers — vraisemblablement de l'Ordre des Templiers ou de l'Ordre de Malte — vestiges intrigants du Moyen Âge cormoyat.
Façades, fresques, statues, vitraux et reliques — promenade visuelle dans le monument emblématique du village.
La cloche de l'église, datant de 1544, est classée Monument historique. Elle sonne le La et possède une panse bien arrondie d'un bronze vert très net. On peut y lire des inscriptions en lettres gothiques, encore lisibles après plus de quatre siècles.
On y distingue également deux petites figures moulées représentant Sainte Hélène et le Christ en croix. Sa marraine serait Suzanne de la Hazette.
La Hazette désignait un fief tout proche de Cormoyeux, comprenant jadis une maison forte située dans un bois dont le nom s'est conservé parmi les lieux-dits du territoire d'Hautvillers. Le domaine de la Hazette existait encore au XVIIe siècle avec ses dépendances, où vivait le seigneur de l'époque.
Les murailles du clocher portent également des inscriptions anciennes — l'une d'elles, profondément gravée dans la pierre du bas de la baie vers l'est, donne le nom du sonneur de cloche au milieu du XVIIIe siècle.
À l'intérieur de l'église, dans le transept Nord au niveau de la chapelle, on peut apprécier une magnifique fresque représentant le Jugement dernier. Datée du XIIIe siècle, elle a été restaurée gracieusement en 1996 par Giovanni GRITTI, artiste italien.
Autour de cette pièce maîtresse, l'édifice abrite d'autres scènes bibliques : l'Ivresse de Noé, la Fuite en Égypte, l'Annonciation, et une émouvante Vierge à l'Enfant.
Ces peintures, à la fois naïves et puissantes, constituent un témoignage rare de l'art mural rural de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance dans la région champenoise.

Le Jugement dernier — restauré en 1996 par Giovanni Gritti — domine l'intérieur de l'église, accompagné de l'Ivresse de Noé, la Fuite en Égypte, l'Annonciation et une Vierge à l'Enfant.

Ornée de figures de sainte Hélène et du Christ en croix, marraine Suzanne de la Hazette, la cloche de l'église est classée au titre des Monuments historiques.

Deux têtes sculptées, attribuées aux Templiers ou à l'Ordre de Malte, veillent à l'extérieur de l'édifice — un mystère médiéval propre à Cormoyeux.
Auparavant, le village était jalonné de six à sept moulins à eau aux noms savoureux : « Monte en Peine », « Écoute s'il pleut », « Des Roseaux »… Le cours d'eau principal traversant le village, le Ruisseau des Sentelles, alimentait ces moulins. L'eau des fontaines et les puits creusés dans le sable fournissaient abondamment tous les besoins du village.
Les sols sablonneux, limoneux et gréveux convenaient parfaitement aux cultures de l'époque : froment, avoine, vigne et pommes de terre. On y trouvait également des carrières de pierre à chaux, de la terre à brique, tuiles et carreaux, ainsi que du sable blanc dont on faisait du cristal.
Cormoyeux était surtout réputé pour sa production de pomme de terre, la Blafe. D'où cette expression bien connue des habitants, qui réveille les papilles : « la pomme de terre de Cormoyeux avec le bifteck au milieu ! »
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que la vigne se développe réellement dans le village, grâce à Charles Lemoine. La nature des sols de Cormoyeux convient en effet très bien à la vigne et donne un vin de qualité, qui deviendra rapidement l'activité principale du village.
Mais en 1911, la région est fortement ébranlée par la révolution des vignerons. La misère devient insoutenable, provoquée par l'excès d'offre et la concurrence des vins venus d'ailleurs vendus sous l'étiquette « Champagne ». À la suite de cette révolte, les vignerons obtiennent une échelle des crus fixant les prix des raisins, et la précieuse appellation « Champagne » est désormais réservée aux vins de la Marne.
Cette mobilisation paysanne vaudra à la vallée le surnom imagé de « Vallée des manches à Hoyau », du nom de l'outil utilisé par les vignerons révoltés. Une fierté locale, héritée du courage de nos aînés.
Durant la Première Guerre mondiale, la commune de Cormoyeux a perdu nombre de ses fils, partis au front. En reconnaissance de ces sacrifices, elle a été décorée de la Croix de guerre 1914-1918.
À la Seconde Guerre mondiale, le village a eu la chance de ne pas être détruit, malgré les bombardements proches qui ont marqué la région champenoise.
Le monument aux morts, placé au cœur du village, perpétue le souvenir des Cormoyats tombés au champ d'honneur. Chaque année, la commune leur rend hommage lors des cérémonies du 11 novembre et du 8 mai.
À leur mémoire — la commune de Cormoyeux conserve fidèlement le souvenir de ses enfants tombés au champ d'honneur.

Au fil des ans, le village a vu fermer ses petits commerces. Auparavant, il y avait trois cafés et une épicerie. Une photographie d'époque du Café Maillard-Martin, dans la Rue principale, en témoigne au début du XXe siècle.

Dans les années 50, la salle de classe de l'école — attenante à la mairie — faisait office de salle de cinéma une fois par semaine, grâce à Monsieur Petit de Dizy, propriétaire d'une société de « Variétés-Cinéma ». Sur le mur, une plaque émaillée indiquait « Défense de Fumer et de Cracher ».
L'école communale ferme ses portes en juillet 1973. Depuis, les enfants de Cormoyeux sont scolarisés à Damery, dans la commune voisine. Le bâtiment conserve aujourd'hui sa fonction municipale.
Création du Parc naturel régional de la Montagne de Reims, dont la commune fait partie. Cormoyeux s'inscrit dès lors dans une démarche de préservation des paysages, du patrimoine bâti et de la biodiversité champenoise.
Cormoyeux a été connu pour son Association du Vélo Club, qui a pendant de nombreuses années constitué un rendez-vous incontournable du cyclo-cross, attirant coureurs et amateurs venus de toute la région.
La commune accueille chaque année une étape clé du fameux Rallye des Vins de Champagne, grâce à ses virages si légendaires. Un moment fort qui rassemble passionnés et habitants autour du sport automobile.
Aujourd'hui, l'activité principale du village est le travail de la vigne et le commerce du Champagne. La commune est placée sur l'itinéraire de la Route Touristique du Champagne, qui serpente entre Reims et Épernay.
Le village compte aujourd'hui environ 120 habitants, les Cormoyats. Au fil des ans, ils s'efforcent de maintenir l'ambiance joviale, chaleureuse et accueillante qui fait la réputation du village.
Entre patrimoine médiéval, vignes en coteaux et tradition champenoise, Cormoyeux invite à la promenade, à la dégustation et à la rencontre. Un village unique en France, fier de son histoire et tourné vers son avenir.
Quelques regards complémentaires sur le patrimoine et la mémoire de Cormoyeux.